Les cadeaux de la mort


Interprétation d’un article de George Monbiot.

Ils n’ont besoin de rien, ils ont déjà tout, ils ne désirent même rien. Vous leur achetez donc un bonhomme de neige dansant à énergie solaire, une brosse pour le nombril, un déambulateur gonflable, ou une carte du monde à gratter pour identifier les pays visités.

TerryCes cadeaux semblent amusants le jour de Noël, idiots le deuxième et embarrassants le troisième. Ils finiront à la décharge après douze jours. Pour trente secondes de divertissement douteux, pour un stimulus hédoniste qui ne dure pas plus longtemps qu’une bouffée de nicotine, nous commandons l’utilisation de matériaux dont les impacts se déploieront durant des générations.

En faisant des recherches pour son film L’histoire des trucs, Annie Leonard a découvert que seulement 1% des matériaux entrant dans le flux de notre économie de consommation sont encore utilisés six mois après leur vente. Ces biens sont vite condamnés à la destruction, par obsolescence programmée (s’ils ne fonctionnent plus) ou par obsolescence perçue (s’ils se démodent).

Mais la plupart des produits que nous achetons, surtout à Noël, ne peuvent pas devenir obsolète. Ce terme implique une perte d’utilité mais ils n’ont même jamais eu d’utilité. Après Noël, plus personne n’utilisera ni même ne regardera un chauffe-tasse USB, des lunettes pour voir derrière soi, du papier toilette lumineux, un testeur de vin électronique, un dentifrice au goût de lard ou un tampon J’aime. Ils sont conçus pour susciter des remerciements, peut-être quelques ricanements, puis à être jetés.

La fatuité de ces produits n’a d’égale que la profondeur de leurs impacts : on assemble des matériaux rares, une électronique complexe, de l’énergie pour la fabrication et le transport pour produire des choses totalement inutiles. Les carburants fossiles requis pour la fabrication jusqu’à la consommation sont responsables pour plus de la moitié de notre production de CO2. Nous bousillons la planète pour fabriquer des thermomètres à bain à énergie solaire ou des mini-golf pour toilettes.

Des gens dans l’est du Congo sont massacrés pour faciliter la mise à niveau de smartphones à l’utilité marginale décroissante. Des forêts sont rasées pour fabriquer des planches à fromage personnalisées en forme de cœur. C’est une consommation pathologique : une épidémie mondiale de folie consumériste, rendue si normale par la publicité et les médias que nous ne nous rendons même pas compte de ce qui nous est arrivés.

En 2007, le journaliste Adam Welz a comptabilisé 13 rhinocéros tués par des braconniers en Afrique du Sud. Cette année, 585 ont déjà été abattus. Personne ne sait vraiment pourquoi, mais une hypothèse est que des super riches au Vietnam saupoudrent de la corne de rhinocéros sur leur nourriture ou la sniffent pour étaler leur richesse. C’est grotesque mais c’est à peine différent de ce que tout le monde fait dans les pays industrialisés : saccager le monde vivant pour une consommation inutile.

Cet essor ne s’est pas produit par accident. Nos vie ont été réglées et formatées pour l’encourager. Les gouvernements suppriment les taxes, dérégulent les affaires et manipulent les taux d’intérêt pour stimuler les dépenses. Mais les responsables de ces politiques se posent rarement la question de la finalité de ces dépenses. Lorsque tous les besoins et désirs concevables ont été satisfaits, la croissance dépend de la vente du totalement inutile. La solennité de l’Etat, sa puissance et sa majesté sont attelés à la tâche de nous livrer Terry la tortue qui dit des gros mots.

Des hommes et femmes matures consacrent leur vie à la fabrication et à la commercialisation de ces ordures et dénigrent l’idée de vivre sans. « J’ai toujours tricoté mes cadeaux » dit une femme dans une publicité pour une prise électronique, le narrateur lui répond « vous ne devriez pas ». Une publicité pour la dernière tablette de Google montre un père et son fils campant dans les bois. Leur joie provient des fonctions spéciales du Nexus 7. Les meilleures choses dans la vie sont gratuites mais certains ont trouvé le moyen de nous les vendre.

La croissance des inégalités qui a accompagné ce boom de la consommation fait en sorte que la marée montante économique ne soulève plus tous les bateaux.  Aux USA, 93% de la croissance des revenus concerne le 1% de la population la plus riche. La vieille excuse consistant à dire qu’il faut foutre la planète en l’air pour aider les pauvres ne tient tout simplement pas. Pour quelques décennies d’enrichissement supplémentaire pour ceux qui possèdent déjà plus d’argent qu’ils ne peuvent en dépenser, les perspectives de tous les autres habitants de cette planète sont revues à la baisse.

Les gouvernements, les médias et les annonceurs ont si bien associé consommation avec prospérité et joie que tenir ce genre de discours anticonsumériste vous expose à l’opprobre et au ridicule. On associe souvent l’idée de consommer moins à de l’autoritarisme. Lorsque le monde devient fou, ceux qui résistent sont dénoncés comme des timbrés.

Cuisinez-leur un gâteau, écrivez-leur un poème, donnez-leur un baiser, racontez-leur un witz, mais pour l’amour du ciel cessez de foutre la planète en l’air pour dire à quelqu’un qu’il compte pour vous car en fait c’est tout le contraire.

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